Au cœur du silo : quand le transporteur rencontre la consultante en stratégie digitale

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La vie n’est pas un problème à résoudre, c’est un risque à courir. Georges Bernanos, Réponse à une enquête, 1942.

Tout est lié, ma devise maîtresse. La théologie et l’IA, la science statistique et la philosophie grecque, l’accidentologie aérienne et la microentreprise… J’entreprends donc depuis peu la communication d’une petite PME de transport régional, dans le Loiret.

On parle beaucoup de silos en marketing, en avez-vous seulement vu de près ? Ces gigantesques bâtisses vaguement inquiétantes pour l’urbain qui n’en voit que dans des séries policières, quand elles ne font pas figure de ruines post apocalyptiques rouillées, alors qu’elles fourmillent de vie en période de récoltes, dans nos greniers de France ? Cette valse incessante de camions entre les champs et les silos où l’on y dépose le grain, qui sera ensuite séché, trié et remis à de nouveaux camions, existe et demeure, malgré les années difficiles.

Je vois dans toute chose l’utilité et la force, ou du moins, si je peine à les percevoir malgré ma bonne volonté à réenchanter le monde, c’est que la chose n’a pas de valeur à mes yeux. J’ai pour principe buté de ne me mettre au service que des causes, sous tendant les organisations, ainsi que d’individus, qui me semblent valables, et de ne pas m’étioler trop longtemps en présence de sécheresses diverses. Je n’ai donc aucun discours tout fait sur la taille des structures, les petits n’étant pas toujours les plus vertueux. On m’appelait le bullshit detector, fût un temps, et je m’emploie à ce que ce détecteur ne s’enraye jamais, ou pas longtemps. Question d’attitude : aucune illusion béate sur un secteur entier (ainsi, « le livre », que j’arpente aussi, ne m’impressionne pas en tant que tel, mais certains individus qui s’y battent, oui, et des talents que je sens immédiatement ou non ; et ici, le transport ne me rebutera pas par principe, donc, mais de mauvaises rencontres le pourraient). Aucun rejet de principe, non plus. Discutons, et la collaboration sur mesure se fera jour, ou non.

Lorsqu’on pratique son métier avec sérieux et aplomb – une vaste quête, entreprise sous l’égide de mon totem et logo, le bison – on ne peine pas à trouver de belles opportunités, et l’on ne regrette pas longtemps celles qui ne se font pas. Tout a également une raison.

Lorsque j’ai rencontré Cédric Mercier, un jeune transporteur employé dans la SARL de sa mère, attelée à une ferme exploitée par son père, puis son frère, je ne connaissais évidemment rien aux problématiques du secteur « rural », comme on dit lorsqu’on vient de la ville, ou qu’on désire lui plaire. Je le savais assez peu en vogue en dehors des campagnes, pour des raisons de sexisme (on n’y verrait pas assez de femmes), d’écologie (les camions polluent), de société (les camions sont gênants sur les routes, quand ils ne sont pas meurtriers), de justice (les camions servent au transport illégaux de la grande délinquance). On y confond de plus régulièrement transport régional (récoltes, cailloux, terre, sable), et transport routier de marchandises.

Lui a repris l’affaire familiale il y a deux ans. Il « roule » du grain, des betteraves et des cailloux. Il va d’un point A (les carrières d’extractions, les champs ou les silos de chargement) à un point B (les chantiers, les silos de déchargement) dans son 44T, ainsi que ses deux conducteurs salariés à temps plein. Et je trouve cela chouette, car il aime son métier et est malheureux quand il ne roule pas, ou pas assez. Il organise ces roulements de trois camions, en minimisant les temps de trajets, afin de satisfaire au mieux ses clients, qu’il n’attendent pas, que tout se déroule bien, en toute sécurité pour les hommes et la marchandise. Parfois, 4,5,6 fois par jour il se gare, descend du camion, monte sur la passerelle de la remorque, débâche, décharge, rebâche, repart. Un seul à-coup et le grain ou le caillou est par terre : il convient alors de donner de la pelle pour rassembler le précieux tonnage : on est payé au tour, et au poids transporté. Mais chacun rentre chez lui le soir, même tard, même pour repartir tôt, et cette possibilité est un luxe auquel il est très attaché. Puis il faudra s’occuper de l’entretien mécanique des camions, de l’organisation des congés de ses hommes, de la facturation, de l’entretien des locaux…

Aucun étonnement alors que la communication digitale soit le cadet de ses soucis. Son portefeuille de contacts est solide, local, le bouche-à-oreille très fort, la réputation établie. « Ça tourne, pour une petite boîte, et je tiens à ce qu’elle reste à taille humaine, ce n’est pas facile mais ça tourne correctement. »

Pourtant, récemment, en me voyant travailler, en écoutant mes aventures, mes rencontres, avec patience et amusement (n’étais-je pas la citadine débarquée en campagne avec beaucoup de bonne volonté mais encore massivement à côté de cette plaque ?), il s’est trouvé convaincu.

Non pas d’ouvrir une page Facebook de transport régional : pour y raconter quoi ? Faire de la garderie ? Non pas d’ouvrir un blog littéraire sur les méditations d’un transporteur qui écoute le monde à la radio et peut le modéliser sur la belle plaine de blé qui s’étend tous les jours devant ses yeux : sérieusement… Ce sera à moi d’écrire un jour son histoire. Pas à lui.

Twitter, Instagram ? Pas le temps, aucune envie, aucune actu digne d’être relayée en direct.

Mais un logo pour sponsoriser quelques clubs locaux, un site avec ses prestations, de belles images, un formulaire de contact rapide ? Un compte LinkedIn pour le jour où il aurait besoin de connaître un interlocuteur précis du coin qu’il ne connaîtrait pas encore, et veiller les innovations de son secteur afin de ne pas avoir de mauvaises surprises trop tard ? Voilà qui semblait sur mesure. Et non réservé « aux grosses boîtes du coin ». Toutefois impossible pour lui de s’en charger tout seul, et les prestations rencontrées ça et là – pour les confronter à ma proposition et me permettre de la faire évoluer, ne coïncidaient pas avec son besoin strict : site, photos de bonne qualité, logo, ouverture et formation à LinkedIn, tout-en-un, rapide, efficace, sans trop le solliciter dans les phases de production… et bien entendu pas démesurément cher.

Mais je l’avoue, il m’a fait surtout plaisir. Il sait que la perspective de prendre des photos de camions au soleil – j’ai la faiblesse d’aimer les véhicules motorisés, de la moto à l’avion, de la poésie industrielle à la musique électronique – de le suivre dans sa cabine sur une tournée, d’avoir accès à ce monde codifié et sans fioritures, me passionne plus que ne le passionne, lui, la perspective de « s’afficher » comme en ville. Version romantique contre version pragmatique et qu’importe, pourvu que cela fonctionne ?

Pourtant la discrétion et le professionnalisme, la générosité et l’humilité peuvent trouver un reflet authentique en ligne. Je m’en vais lui prouver que cette confiance donnée trouvera des effets bénéfiques … ou ne sera pas suivie d’effets – conséquence immédiate la plus probable, mais si un Beauceron est fataliste, il n’en demeure pas moins enclin à observer le progrès échouer avec bienveillance. Pauvre progrès en terres ancestrales, il finira bien par comprendre quelque chose à la vie… Et n’oublions pas que j’ai contribué à la visibilité en ligne de traités antiques en édition trilingue grec-français-arabe, à propos de catoptriciens et de miroirs ardents, croyez-vous sérieusement que je craigne un silo sans wifi ?

Ne surveille-t-on pas les champs néozélandais avec des drones ? Qui peut dire quelle ubérisation de notre secteur va débouler demain ? Sans jouer la détestable carte de l’urgence anxiogène des robots à nos portes, il convient d’observer le minimum de prudence qui nous permet, justement, de retourner travailler tranquille, en ayant intégré la possibilité de cette révolution digitale promise (nous dirons plutôt, pour la base, assénée), sans la craindre, ni se précipiter.

Précision : Cédric Mercier est mon conjoint, père de mon petit garçon d’un an. Il m’a donné cet accès récemment, se prêtant au rôle du cobaye avec des conditions claires : ne pas lui nuire, ni à son entourage professionnel, lui épargner le ridicule et ne pas chercher à prospecter ostensiblement ni envahir ses contacts, car il n’en a véritablement ni l’envie ni le besoin, à ce jour. Il est pourtant conscient que le jour où les choses tourneront mal, si elles tournent mal un jour, il sera content d’avoir déjà déployé quelques espaces de visibilité et testé, à son rythme, les possibilités techniques ainsi offertes. Qu’il en soit ici remercié.

Fiche de mission du bison :

  • Élaboration d’un site internet vitrine, qui sera intégralement effectué sous WordPress. Conception intégrale, de la structure au texte, des photographies au logo (celui figurant sur cette photographie étant provisoire).
  • Création d’un compte LinkedIn personnel et aide à la prospection de contacts régionaux Centre. Photographie de profil, bannière, rédaction du résumé, et du CV. Création du compte professionnel Transports Mercier SARL. Idem.
  • Référencement optimisé sur les moteurs de recherche.
  • Évangélisation : veille, échanges et conseils sur l’avancée au jour le jour du digital dans les professions dont il dépend.

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