Stratégie digitale DIY : 12 parodies à éviter

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Quels sont les principaux pièges qui vous attendent lorsque vous entreprenez seul(e) votre communication professionnelle en ligne ?

Je vous propose une liste de quelques points sur lesquels je fais réfléchir mes clients dès l’audit, afin de distinguer, dans leur approche de la stratégie digitale, ce qui relève de techniques professionnelles éprouvées, de ce qui, trop souvent, s’apparente à une parodie assez grossière de l’image qu’ils se font de l’acte même de communiquer .

La vision française communément répandue de la communication, qui se distingue assez mal, en ligne, de la publicité, soulève en effet des questions qui, j’en conviens, ne sont pas toujours agréables comme entrée en la matière, mais auxquelles il est toujours rapidement passionnant de se confronter de bonne foi : qu’attendez-vous de votre communication, quel est votre rapport actuel au monde digital, questionnez-vous vos pratiques, êtes-vous à l’aise, comprenez-vous tous les enjeux ?

La mode du Do It Yourself se répand dans tous les domaines, intimes comme professionnels, par les phénomènes mêlés de volonté de meilleure maîtrise économique de sa situation, ainsi que du plaisir de sentir que quel que soit son âge, sa condition et son sexe, les possibilités d’acquérir de nouvelles compétences par soi-même ou en collaboration, sont de plus en plus ouvertes. Si c’est vrai en théorie, la pratique prouve à quiconque souhaite se lancer dans l’autoformation ou la reprise en main d’activités au préalable déléguées, qu’en dépit des meilleurs efforts, les heures restent pour chacun les mêmes, serait-on petit dormeur. Il est donc possible de développer le DIY, et il est bienvenu dans bien des cas, mais il s’accompagne assez souvent de pratiques rapides, assez caricaturales, et peu profondément questionnées. En matière de communication en ligne, l’effet DIY peut s’avérer catastrophique.

J’ai observé les pratiques que je vous décris ci-dessous moi-même, soit pour en avoir commis l’erreur, à mes débuts, aux dépends de l’organisation que je croyais servir, soit pour avoir maintes fois assisté à ces caricatures jusqu’à l’exaspération, partagée avec beaucoup d’autres internautes, certaine que l’organisation y ayant recours se tirait une balle dans le pied. Je n’ai jamais observé de résultat convaincant et durable chez quiconque cochait plus de la moitié de ces pratiques, et je prends le pari que si vous les cochez, et décidez d’en abandonner le plus possible, selon votre activité et votre responsabilité, vos objectifs et résultats apparaîtront de façon beaucoup plus saine et mesurable qu’auparavant.

  1. Ne miser que sur Facebook

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Il n’y a pas de miracle Facebook. Vous n’avez souvent rien à y faire, ou à en tirer. De même que l’intégralité de votre activité ne peut se réduire aux seuls usages de Twitter, ou de LinkedIn. Quant à Youtube, qui émerge comme nouvelle véritable plateforme de web social, encore faut-il pouvoir y produire une qualité technique irréprochable ainsi qu’une logique de programmation de chaîne. Faire des vidéos ne suffira pas.

Comprenez que la concurrence pour la visibilité et la saturation des contenus sont incroyablement plus étendues que vous le ne suspectez. Partez toujours du principe que tout le monde s’en moque et que personne ne vous regarde. Cela vous donnera la motivation minimum pour produire une communication tolérable à défaut d’être brillante. Personne ne peut briller tous les jours, mais rester tolérable est un minimum.

Avez-vous un blog ? Pourquoi ? Comment sont gérées vos campagnes d’emailing ? Sur votre site, la partie éditoriale est-elle souvent mise à jour, varie-t-elle ?

Toutes ces questions doivent être abordées, mises à plat et redéployées au plus efficace en fonction de votre activité, vos cibles et vos objectifs.

  1. Vouloir être partout, tout le temps

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Puisque vous êtes seul(e) à communiquer pour votre organisation, soyons bien clairs : il n’est pas possible d’assurer sur tous les fronts avec la même régularité et intensité. On vous dira que si, à beau renfort de robots, d’applications et de programmation, et l’on vous renverra illico dans la case parodie. Non seulement vous ne devez pas faire semblant d’être où vous n’êtes pas, mais de plus, vous devez délier vos comptes et cesser d’automatiser les passerelles entre plateformes. Attention, toute gestion intelligente en social media programme tout ou partie de ses publications. Mais elle saura le faire au bon moment, avec la bonne grammaire et le visuel adapté et elle publiera moins pour publier mieux et se faire attendre comme rendez-vous agréable et utile par ses communautés, plutôt que bâclé et intrusif. La frénésie et l’addiction aux  notifications ne sont pas bonnes conseillères. Retenez-vous de publier par impulsion, dès que possible. Cela n’a pas de fin.

  1. Calquer vos pratiques personnelles et sur solliciter vos amis

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Vous n’allez sur Facebook que le soir à 20h ? Vous y croisez du monde, et très rapidement vous partez du principe que votre cible est majoritairement en ligne le soir à 20h. C’est souvent faux. Vous adorez le bleu, et décidez d’en faire le code couleur principal de votre activité. C’est intéressant, mais êtes-vous certain que ce code, souvent employé dans le médical ou les assurances, est bien compris ?

Vous mettez en vente un nouveau produit, un nouveau service, et automatiquement, vous arrosez vos contacts personnels avec votre offre. Savez-vous que c’est la toute première de toutes les affreuses pratiques de SPAM contre lesquelles tous les comités d’éthique du net luttent quotidiennement ? Vous venez de perdre immédiatement la confiance de beaucoup, en devenant exactement le même intrus que ne le sont régulièrement les plus mauvais acteurs du web. Les bons acteurs ont cessé d’être intrusifs depuis longtemps. Ils sont incitatifs, ce qui est fort différent.

De plus, votre jugement personnel, s’il est nécessaire et souvent votre seule boussole pour choisir parmi tous les chemins offerts, ne doit jamais se mettre en concurrence quotidienne avec celui de tous ceux qui arpentent le web social sans en avoir fait leur métier. Ils sauront toujours mieux que vous, et vous serez immobilisés dans les injonctions paradoxales, aveuglé par le reflet des personnalités certes admirables de vos amis ou de votre famille, mais en aucun cas professionnelles. Organisez ponctuellement un sondage ou une enquête dépassant vos cadres confortables, commandez ou lisez les études disponibles, en faisant le plus possible abstraction de votre environnement proche qui n’est qu’une infime représentation de tout ce qui existe.

  1. Récupérer tout ce qui n’a rien à voir avec votre mission ou votre expertise

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Le hashtag tendance du jour est #LaGrosseHonteDeMaVie et les principaux tweets émanent d’une population de particuliers qui décompressent, le plus souvent sous pseudo : avez-vous réellement l’intention d’y faire tweeter votre organisation dont la mission principale est au fond très sérieuse, puisque vous avez choisi d’en vivre ?

Les élections déchirent le pays. Seriez-vous militant ou journaliste politique depuis hier ? Avez-vous conscience de l’impact désastreux sur une crédibilité en ligne, non pas d’avoir vos idées, mais de les exposer opportunément alors que vous n’en parliez jamais précédemment, et sous le coup de la réaction, alors que personne en dehors de ceux qui collectent vos données pour en vivre, ne vous a demandé vos consignes de vote publiques ? Vous ne devez jamais mélanger le particulier et le professionnel que vous êtes, lors de ces moments très cruciaux. Si vous vendez des pieds de tomates, celui qui vous les achète se soucie assez peu de vos aigreurs face à la politique européenne. Comprenons bien qu’une conversation avec vos clients ou prospects, sur ces sujets, n’est pas exclue, mais n’a rien à faire en ligne, où tout demeure. Oublier le sens du ridicule, penser que cela ne tue personne, est un écueil qui vous revoie immédiatement à la case amateur.

  1. Mendier ou culpabiliser

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Vous ne devez jamais mendier. Parce qu’un professionnel ne fait pas pitié. Vous avez choisi votre métier, votre domaine, vos illusions et si le vent ne tourne pas à votre avantage, vous devez rester digne en toute occasion. Vous représentez une organisation qui doit faire la démonstration de sa pertinence par l’exemple de la qualité et de l’utilité de ce qu’elle produit. Convaincre, à tout instant, que vous avez toute votre place parmi les concurrents et les indifférents ne sera jamais mendier ce que vous sentez que l’on pourrait vous refuser : la légitimité s’obtient en partie grâce à un soutien de bienveillance (long terme), pas de pitié (court terme). Quoi qu’en prétendent les fausses pudeurs, sévissant largement sur internet, un client, un usager, un patient, un consommateur n’a aucune pitié. Entre convaincre un internaute de soutenir notre cause et mendier son attention et sa participation financière, tout est question de ton et d’arguments employés. La victimisation (la crise nous empêche de…, les temps sont durs pour nous autres… Ne nous laissez pas mourir…) est proscrite. Vous obtiendrez un sursaut ponctuel de générosité qui n’ira pas au bout de la semaine, et malgré tous les témoignages et gestes ponctuels de soutien, vous n’obtiendrez que la pitié de n’avoir pas su vous rendre indispensable, car excellent professionnel. La plupart des ONG actuelles ont cessé de mendier, de la même manière que les militants les plus efficaces n’utilisent jamais le chantage affectif. Convaincus, ils n’ont besoin que de leur exemple et de leurs actes, et ils sont toujours repérés au milieu des amateurs : malgré les difficultés qu’on leur suppose, ils poursuivent inlassablement leur mission professionnelle en faisant la démonstration de leur agilité et de leur intérêt pour chaque défi qui se présente. L’internaute s’associe de bon cœur à celui qui fait pitié, dans la réaction immédiate. Pour le long terme, il reste aux côtés du vaillant. Oui, une communication digitale doit comporter une belle part d’assurance, qui n’est pas l’égale de l’arrogance, et le prouver par la sérénité (fut-elle feinte) et le contrôle des signes utilisés (visuels ou écrits).

Rappelez-vous qu’il y a toujours un lendemain, un après, un autre jour, en ligne, et finalement relativement identique au précédent, malgré les effusions, les « prises de conscience », les « lignes qui bougent ». Le monde digital, par son roulement ininterrompu d’essences humaines, aux subjectivités inextricables, reste un rouleau dévorant de l’actu et de la nouveauté sans s’arrêter très longtemps pour attendre ceux qui ne suivent pas. Il est en cela beaucoup plus terrible que n’importe quel client déçu qui peut, au cas par cas, être entendu, compris, dédommagé et revenir vers vos services de meilleure grâce. Les plus motivés et convaincus de vos communautés ne seront peut-être plus connectés demain, et de nouveaux sceptiques apparaîtront. Prendre la pente de la culpabilisation, c’est s’enfermer à jamais dans une image d’échec et d’aigreur. Si vous avez un appel à l’aide à émettre, alors c’est que toutes les stratégies de bataille ont échoué. Les aviez-vous toutes envisagées ?

  1. Faire de l’humour ou du jeunisme lorsque vous n’êtes ni drôle, ni jeune

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À moins d’un talent inespéré dans le théâtre ou l’écriture, vous ne ferez qu’une parodie de jeunesse et d’humour. Ceci est comme le rock n’roll. Vous l’êtes ou non, mais vous ne pouvez pas le feindre sans que cela se perçoive immédiatement. Du reste, pas un jeune drôle n’attend qu’on singe son attitude – nous avons tous connu un proche exaspérant qui tentait fébrilement d’être nous sans jamais y parvenir, jusqu’au jour où, révélant une passion toute autre que la nôtre, il est enfin devenu ce pour quoi on l’avait choisi, et aimé : un autre modèle. Votre attitude, votre expérience, n’ont pas toujours à se justifier de ne pas satisfaire aux exigences ultra élitistes d’une catégorie d’âge qui n’a jamais été tendre avec les faux jeunes.  Ils sont occupés à rejoindre ou créer des microcosmes aussi éphémères que le nid d’un grand oiseau à venir. Vous ne pouvez pas vous inviter dans ce nid, ou ils l’abandonneront immédiatement pour s’en créer un autre, unique. C’est la course-poursuite incessante entre l’avant-garde et l’innovation. L’innovation reprend à son compte et à une bien plus grande échelle les créations d’une avant-garde souvent désintéressée, tous les graphistes vous le diront. Ne courez pas après ce que vous n’êtes pas, ou qui vous coûterait trop de devenir, proposez un ton qui vous est propre, ce qui m’amène à la parodie n°7.

  1. Surjouer

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La décontraction amicale

Employer un ton puéril et s’adresser à son audience comme à de jeunes déficients mentaux n’est pas extrêmement bien perçu.

« Venez rencontrer notre équipe super sympa dans notre toute nouvelle boutique parisienne hyper stylée, où vous découvrirez un univers vraiment vraiment génial. » Sérieusement ? Vous vendez vos produits ou vos services à des consommateurs pour ne pas mourir, non ? Comment cette extrême violence saurait-elle être masquée par toutes ces perruques pour chiens ?

C’est l’écueil que je rencontre le plus fréquemment. Dès lors qu’une personne veut nous avertir d’un message à caractère professionnel sans être véritablement armé en rhétorique ou en légitimité (car cela dénonce surtout une absence de confiance en ses compétences professionnelles), cela se solde rapidement par le choix désolant de la parodie du publicitaire pour chaînes publiques. Non, votre organisation n’est pas adorable, vous n’êtes pas les plus sympas du monde et tout le monde le sait. La mode du green et de l’authentique devrait, je l’espère, finir par épurer également les procédés de rédaction web qui pour l’heure regorgent encore de ces interpellations en plastique non recyclable, faussement légères, et de plus en plus toxiques à quiconque commence à les repérer. Si le marketing figure parmi les métiers les plus détestés, sans doute que la perspective effrayante d’avoir pour ami un rouleau de papier toilette y est pour beaucoup.

Écrire la bienveillance ne peut se faire sans la ressentir, et si vous aimez votre métier, que vous croyez en votre organisation, que vous êtes reconnaissant envers vos clients et vos contacts, il existe de bien belles manières de procéder sans ces excès qui vous disqualifient.

Prendre de haut son audience, ou la craindre et espérer se préserver des critiques en surjouant la décontraction n’est pas bienveillant. C’est désespéré. Et cela se voit.

La bonne affaire

« Aujourd’hui nous sommes OUVERTS toute la journée, venez profiter DES BONNES AFFAIRES. »

Contre toute attente, n’allons pas applaudir parce que vous êtes ouverts. De plus, que vous proposiez de bonnes affaires est un minimum, et les lettres capitales sont de trop. Ce message, pour exemple, n’a aucun intérêt. J’en lis de multiples et inefficaces variantes environ 20 fois par semaine. Si vous n’avez rien de plus à dire, ne dites rien. La communication n’est pas de la garderie de communautés, je vous assure que vos communautés n’ont pas besoin d’être occupées, et si la pathologie consistant à rechercher désespérément de quoi liker se répand auprès de certaines personnes plus sensibles aux addictions, elle convertit assez peu. Ne parodiez jamais un service marketing agressif, vous n’arriverez jamais à leur cheville. Communiquer, ce n’est jamais forcer la main. Placez que vous êtes ouverts, lorsqu’on ne s’y attend pas (un dimanche, un jour férié ?), au gré d’un message de courtoisie, d’une histoire que vous racontez, d’un exemple de cas que vous exposez. S’il arrive de répéter des évidences plusieurs fois par semaine, ce n’est pas une fatalité et doit éviter de remplacer le cœur même de votre message. Vous pouvez trouver mieux.

Ce peut être d’ailleurs l’occasion pour vous de bien distinguer une communication professionnelle d’une campagne promotionnelle. Des codes proches, mais pas identiques, sont à l’œuvre de différentes façons. Les mélanger à votre insu ne vous sert pas.

La non-communication

Ce dernier exemple (parmi beaucoup d’autres encore) est très répandu chez les plus jeunes, ou ceux dont les plus jeunes sont la cible. Lorsque les personnes qui se chargent de la communication répugnent à le faire, ou dédaignent les leçons de la communication classique avant même de les avoir maîtrisées – sans parler d’acquérir une solide culture générale dans tous les domaines que cette communication aborde, elles tombent toutes sans exception dans le cliché le plus coriace du « communicant sans en avoir l’air ». Vous  n’assumez qu’à moitié d’aller chercher une audience, des clients, des abonnés. Vous vous excusez d’exister (faussement, puisque vous le faites tout de même), et croyez que cela vous rend humain ou sympathique. Pas toujours. Je vous renvoie aux arguments des parties 5 et 6.

  1. Ne rien planifier

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Au minimum, vous devriez déployer devant vous les grandes dates des mois à venir qui seront autant de rendez-vous à ne pas manquer avec votre audience : un salon national sur votre activité, un événement sur lequel vous pourriez vous rattacher, un anniversaire ou une commémoration qui  vous revient, un changement de saison, une fête, un week-end long, des élections… ne vous faites pas surprendre alors que vous auriez pu envisager en amont une meilleure façon de faire passer votre message que dans la précipitation. Cette précipitation vous fait faire nombre d’erreurs que vous pourriez en partie éviter.

Dans la pratique, les plannings sont difficiles à tenir. En dehors des cas de décence classiques (comme de suspendre les communications trop optimistes en cas de catastrophe), il faut surveiller que votre message a bien sa place au milieu d’un buzz sur un scandale quelconque, sans risquer de récupération malheureuse. Oui, un planning est établi surtout pour le décaler, le recaler, le remettre en question, mais sans ce cadre qui, la plupart du temps, peut être tout à fait suivi, vous n’arriverez à rien de cohérent, aucun ensemble – semblerait-il imperceptible à la plupart – ne pourra révéler subtilement votre notoriété se bâtissant sur de longs mois de mise en place. Il en va de même pour maintenir une notoriété qui s’essouffle, ou retrouver, dans le digital, la notoriété « au sol » de votre organisation.

Si vous pensez que faire au feeling suffit, demandez à n’importe quel cuisinier la différence entre un plat comestible et un bon plat.

  1. Ne pas gérer ses émotions

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Vous y êtes, vous en aviez un peu peur, et soudain, vous vous sentez à l’aise, les réponses ne se font plus attendre, vous sentez frémir les réactions, vous êtes porté par la danse de vos notifications. Vous avez chuté dans la toute première addiction du web social : rafraîchir vos notifications. Et en vouloir toujours plus. Vous allez partir du principe que si vous avez toujours des réactions, c’est que vous suscitez toujours de l’intérêt, alors pourquoi vous arrêter ?

Parce que vous publiez trop. Êtes-vous certain que votre notoriété vous permet de lasser autant de personnes par jour, que toujours, « elles reviendront » ? Le dégoût et le sentiment de saturation s’installent très vite, plus vite que vous ne le pensez. Et si, par ailleurs, deux, dix, même cinquante personnes vous suivent inlassablement, que savez-vous de l’intention qui préside à leur réaction ? La parodie ici consiste à confondre « espace de communication libre » avec « espace de communication dont on peut se gaver jusqu’à l’apoplexie ». Imaginons un buffet à volonté. Attendez-vous de les voir vomir pour cesser de servir vos enfants ?

Vos fans vont aller et venir tout au long de la vie de votre organisation, parce qu’un internaute est libre, du moins aime-t-il le penser. Ne soyez pas effrayés par les mouvements de foule dans un sens comme dans un autre, vous investissez un espace de communication pour durer. Qu’on vous retrouve parfois un ou deux ans après avoir quitté votre espace est un cas fréquent, mais assez rare si l’on vous a quitté par saturation et qu’on vous retrouve aussi prolixe. Soyez humbles : personne n’a le besoin vital d’entendre parler de vous plusieurs fois par jour.

Petite anecdote : l’enthousiasme, dans l’Antiquité, était considéré comme une possession du divin, un délire sacré, trouvant sa place dans les sectes religieuses de la Rome antique, par exemple. Ne soyez jamais possédé par autre chose que votre stratégie, votre code, votre charte. Revenez-y dès que vous avez un doute sur votre réaction.

La maîtrise des émotions est un vaste débat. Sachez que si elles sont déjà mal perçues dans les rapports professionnels classiques, elles ne sont que plus mal comprises encore sur internet. Un particulier sous pseudonyme peut toujours « se lâcher », cela l’engage peu. Cela peut en revanche très sérieusement nuire à une organisation et/ou son représentant, que cela soit juste ou non. Ne cédez jamais à une pulsion aussi irrépressible soit-elle, ne répondez jamais à une provocation ou une déclaration enflammée sans avoir pris le temps auparavant d’interroger vos intérêts. Cela peut vous donner l’air moins humain ? Cela n’est que bon sens, vous n’êtes ici pas exactement vous-même (lubie qui, sur internet, ne vous donne pas l’air humain, mais souffrant), vous êtes la voix d’une organisation.

  1. Ne pas vous renseigner sur l’évolution des pratiques digitales

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Ne pas comprendre le monde digital, aujourd’hui

Le monde digital est et restera, de notre vivant à tous, en phase de test. Il n’y a aucun modèle faisant loi tendant à le structurer qui en émerge durablement aujourd’hui. Celui qui reste très attaché au cadre, à la norme, à la borne, souffre sans commune mesure sur internet, car tout y est fragile, et constamment à prouver. Malgré toutes les tentatives répétées de contrôle, de bonnes pratiques, de gourous nouvellement proclamés, vous êtes encore bien seuls, et c’est souvent tant mieux : après tout, vous êtes en face de votre vision du monde, des hommes, et de ce que vous comptez en faire. C’est ainsi que vous aurez compris qu’ici, je vous indique ma vision du métier et mon pari sur le monde digital, à ce jour, en constante évolution, et fruit d’une expérience forcément subjective puisque dépendant des clients avec lesquels je travaille et de ce qu’ils me font observer. Ceci étant dit, j’ai constaté à de multiples reprises que si tous ces points étaient communément admis en bonne société, la parodie reprenait ses droits dès lors que l’on retrouvait la personne, ou son organisation, en ligne.

Ainsi, les évolutions, les adoptions de pratiques comme les abandons subits sont légion. Plusieurs fois par mois vous pouvez entendre tout et son contraire, mais rapidement vous allez identifier votre chemin et le suivre, par tâtonnements. Il existe néanmoins, dans ce relatif chaos, des jalons, des constantes qui structurent un début d’univers commun. Vous devez savoir les reconnaître, et par exemple parmi le déluge de chiffres qui nous est offert quotidiennement, comprendre lorsque la statistique n’est plus un ornement pour communicant en quête désespérée de légitimité, mais une tendance qu’on ne peut plus nier, qui s’installe pour durer. Il ne s’agit pas de suivre aveuglément le ressac perpétuel qui vous laissera essoré sur la berge.

L’imitation, au demeurant un mode de survie du monde animal, vous nuira moins que l’entêtement à poursuivre dans une voie abandonnée. La mode des pratiques, sur le web social, est la plus discriminante et impitoyable de toutes.

Ne pas faire de veille dans le secteur de la communication digitale

Ce qui vous conduira à trouver un poste d’observation idéal des influences et de la mode en communication digitale. S’il est impératif à votre survie mentale d’effectuer cette veille de la façon la plus rapide et efficace possible au péril de vous y engloutir à jamais, vous ne pouvez pas refuser de plonger dans ses courants d’ennui sous prétexte de danger potentiel. Car il n’y a pas d’autre moyen, et croyez-moi, j’ai cherché.

C’est, à mon sens, la partie sans doute la plus aliénante, insupportable et desséchante pour l’esprit de toute votre communication digitale. Mais ceux qui n’en tiennent aucune sont instantanément hors de la course. Vous n’avez certainement pas à tout appliquer dans l’instant, mais vous devez savoir que telle nouveauté existe, que tel fonctionnement à changé, que les baromètres ont bougé etc.

Aparté : le monde digital est identique au monde du livre, du théâtre ou du cinéma, que je connais bien par ailleurs. Si le livre ou le cinéma sont essentiels, passionnants, constructifs pour toute personnalité, le monde qui les entoure est une faune d’étranges personnages qui s’y regroupent au gré des accidents de la vie (car les plus intéressants sont toujours les plus accidentés, et donc les plus perturbants à fréquenter humainement). Je ne m’en exclue pas, mais vouant par ailleurs une grande admiration intellectuelle aux apostats, j’ai trouvé depuis longtemps un confort relatif dans les limbes de l’entre deux : je les connais, je les observe, j’en aime beaucoup et certain(e)s profondément mais je les fréquente le moins possible. Faites de même dans votre veille digitale : repérez les influences, observez-les régulièrement, mais n’y plongez que le temps d’en rapporter la perle qui vous intéresse pour revenir immédiatement sur votre berge, épurée de leurs notifications. À chacun sa croix. Laissez les consultants consulter, les experts s’expertiser, et faites votre métier avec cœur en lui conservant du temps. Je peux vous assurer que dans l’état actuel des choses, vous n’y perdrez rien.

11. Ne pas se (faire) relire

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Personne n’attend de vous que vous écriviez magnifiquement et sans faute dès le premier jet. Pour autant, vous devez savoir vous relire, et douter. Douter d’une tournure, d’un emploi, de la sonorité heureuse ou non d’une phrase. Alors vérifiez, toujours. Exprimez votre formule à voix haute, est-ce que cela sonne juste, est-ce rythmé, clair, heureux ?

La faute d’orthographe non corrigée est la parodie par excellence de la communication rapide. Rapide ne signifie pas fatalement bâclé. Vous n’avez pas l’air très occupés, lorsque vous laissez une faute ou une tournure désagréable. Vous avez l’air limité, point. Or nous faisons assez peu confiance aux limites trop rapidement perceptibles.

Corrigez toujours vos erreurs. Jusque sur votre lit de mort, vous pouvez vous amender. Lorsque vous en voyez, ne craignez pas de froisser l’annonceur, et signifiez-le lui, en privé pour être aimable, en public, pour vous faire remarquer, au risque calculé de passer pour un être rigide, ou rigoureux, selon votre audience.

12. Ne pas vous former au webdesign

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L’illustration visuelle est un sujet aussi vaste et piégé que l’étendue artistique ici couverte. Vous devez avoir du goût, un œil, de la technique, des idées et de la jugeote. En plus d’être passionnante humainement, une formation avec un graphiste est le minimum qu’il vous faudrait, en assurant l’intérim grâce à des logiciels de graphic design dont vous suivrez les recommandations à la lettre avant de vous lancer seul (dans cet article, j’ai utilisé Snappa pour créer rapidement les illustrations – j’ai voulu sciemment les produire en moins de 20 minutes, ce qui produit un effet acceptable quoique très lambda, à défaut d’être optimal). Ce n’est pas une plaisanterie. Votre identité visuelle vous tuera sur le coup si vous n’en avez aucune maîtrise.

Tout va se jouer sur votre choix avisé des photographies d’illustration, leur cohérence dans le temps, le choix de la typographie qui titre ces visuels (dont trop peu connaissent l’histoire. Connaître l’histoire de la typographie, et de la typographie web, n’est pas une option. Elle vous apprend un nouveau regard sur le monde qui nous entoure, comment il se façonne, ce qui se lit, ce qui s’oublie, ce qui est tellement purement génial que cela ne vous quitte plus alors que vous ne pensiez même pas l’avoir remarqué). Je m’emballe, mais la typographie, dont la maîtrise prend des décennies, est l’art suprême du monde digital. Vous pouvez, même avec une photographie médiocre, faire un excellent visuel avec une typo exquise. Et ce n’est pas réservé aux domaines urbains, arty ou e-commerce. Tout ce qui est publié doit être beau et faire sens. Vous allez souvent vous tromper, souvent avoir un peu honte de vos limites, mais ne visez jamais en dessous de l’excellence graphique. À terme, ce seront les graphistes qui contrôleront le monde, et, si vous voulez mon avis, c’est déjà fait. Soyez toujours agréable avec un graphiste. Payez-le convenablement. Il peut vous faire ou vous défaire, en ligne. Si vous faites votre graphisme vous-même, ayez toujours l’impression qu’ils vous regardent tous et qu’ils vous jugent. Vous êtes ici toléré, ne l’oubliez jamais. Formez-vous et travaillez sans relâche, jusqu’à ce qu’un graphiste un jour vous dise : « ça passe ». Il est évident, sans plaisanter, que lorsque vous avez plusieurs publications à produire par jour, ou même semaine, sous-traiter n’est pas toujours rentable, même eux le savent. En attendant, une belle collaboration peut donner des suites encourageantes. Vous pourrez par exemple lui apprendre, lui, à se vendre un peu mieux.

En conclusion : forces et limites du Do it Yourself

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Le DIY est une mode puissante de ces dernières années, en partie fille de l’alliance mythologique de la décroissance et de l’accès décloisonné aux savoirs. Prônant l’autonomie et l’indépendance autant que possible, je ne viens pas ici décourager les aspirations personnelles à apprendre à faire par soi-même. Je vous propose l’aide que j’ai moi-même trouvée, en mon temps, en glanant de précieux retours d’expérience ça et là.

Je me permets de conclure par une mise en garde contre une course folle, où il vous manquera toujours, inexorablement, et quand bien même vous ne dormiez pratiquement pas, du temps, ces heures dont le décompte est sans doute l’aspect le plus effrayant pour toute personne de bonne constitution, curieuse et capable, qui s’épuise devant ces nouveaux possibles ouverts depuis le web.

Décidez de prendre le temps d’interroger vos pratiques tant en annonceur qu’en utilisateur. Les frontières sont assez minces de l’un à l’autre mais aucune parodie de l’un ou de l’autre n’a jamais porté de fruits durables, et la concurrence s’intensifie de jour en jour.

Pour mener un projet à bien, réfléchir, avoir le temps de conceptualiser, de modéliser afin de prendre de bonnes décisions structurées et surtout, sur le long terme, est la denrée rare.

Soyez plus habile, agile, et intelligent avec de l’aide. Acceptez-la.

Vous entrapercevrez, peut-être, toutes les possibilités qu’une fine équipe de professionnels se serrant les coudes peut dégager.

Buffalo Voice, ses partenaires et ses clients, en ont déjà conscience. Rejoignez-nous !

cropped-cropped-cropped-logo-buffalo-voice-nude.jpg >> Contacter l’auteur, Paméla Ramos

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